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Présidentielle libérienne : A qui profitera la forte mobilisation ?

Il fallait être patient pour pouvoir accomplir son devoir de citoyen, vu l'affluence monstre dans les bureaux de vote comme ici à Kendedja school Il fallait être patient pour pouvoir accomplir son devoir de citoyen, vu l'affluence monstre dans les bureaux de vote comme ici à Kendedja school

2,2 millions de Libériens sont allés aux urnes hier mardi 10 octobre 2017 pour départager 20 candidats à la présidentielle et des centaines d’autres prétendants aux législatives. Si les résultats provisoires ne seront pas connus avant plusieurs jours, on devrait avoir dès aujourd’hui de grandes tendances émanant notamment des états-majors des partis politiques.

 

Après les élections générales de 2005 et de 2011 qui avaient porté au pouvoir Ellen Johnson-Sirleaf, c’est la troisième fois depuis la fin de la guerre que les Libériens sont convoqués aux urnes. Cette fois l’enjeu était même plus important car si tout se passe bien, ce sera la première fois depuis presque 75 ans que la dévolution du pouvoir se fera démocratiquement et pacifiquement d’un président élu à un autre.

Il faut croire que cette perspective a littéralement dopé les électeurs qui, dès les premières lueurs du jour, se sont rués dans les bureaux de vote, ce qui préfigure un bon taux de participation (il était déjà de 70% il y a six ans).  L’affluence, monstre, était telle que le temps d’attente dans les files était interminable. Il fallait souvent poireauter des heures et des heures, parfois sous le soleil pour espérer glisser son précieux bulletin dans l’urne. Par endroits, on a même frôlé l’émeute. Mais dans l’ensemble, cette journée de vote s’est déroulée selon une formule désormais consacrée « dans le calme et la sérénité ».

Ce fut le cas notamment à Kendedja school, où George Weah a accompli son devoir civique. C’est vers 10h que le candidat de la Coalition pour un changement démocratique (CDC) est arrivé sur les lieux tout de blanc vêtu à bord d’une Land Cruiser V6 noire escortée par sa garde rapprochée. Il se fraye tant bien que mal dans la foule compacte un chemin pour se diriger vers son bureau de vote. Recherche de son nom sur les listes électorales, retrait des bulletins de vote puis passage dans l’isoloir puis voilà « mister George » prêt à insérer son choix dans les fentes des deux urnes scellées.

C’est là qu’une querelle éclate entre l’armée de journalistes et de photographes qui s’étaient positionnés de façon stratégique pour l’image à ne pas rater et le président du BV, un peu carré sur les bords,   qui décide de bloquer l’accès aux urnes tant que les preneurs d’images n’auront pas décampé. Ça vocifère dans tous les sens pendant cinq bonnes minutes jusqu’à ce qu’un compromis boiteux soit trouvé.

Quelques instants plus tard dans sa résidence de Rehab community, Elwa highway, à un jet de pierre de là, il nous confiera (voir encadré) être confiant quant à l’issue heureuse de ce scrutin dont son équipe, dispersée aux quatre coins du pays, devrait avoir déjà les résultats à l’heure où vous nous lisez.

Mais quels que soient leur camp et les résultats dont leurs champions seront crédités, tous les votants que nous avons approchés, manifestement encore traumatisés par les années de braise dont ils sortent à peine, n’ont qu’un mot à la bouche : « peace ». Et espèrent que l’on ne débouchera pas sur des contestations postélectorales susceptibles de remettre en cause le fragile équilibre.

 

Ousseni  Ilboudo à Monrovia

 

Encadré 1

George Weah

« Je suis confiant »

 

C’est un George Weah optimiste quant à l’issue du scrutin que nous avons rencontré à son domicile de Rehab community, Elwa highway, qu’il a aussitôt regagné après avoir voté sur le coup de 10h. « Mister George » sera-t-il donc bientôt « mister president » ? 

 

Quel est votre état d’esprit en ce moment après avoir glissé votre bulletin de vote dans l’urne ?

 

Je suis content et je suis confiant. Vous avez vu les foules immenses qui ont pris d’assaut les bureaux de vote. On n’a pas vu ça en 2005 ni en 2011. C’est la preuve que les Libériens veulent le changement. C’est la troisième fois que je me présente et je sais que les Libériens vont majoritairement voter pour moi. Vu l’affluence, j’espère d’ailleurs que tous les citoyens pourront accomplir leur devoir civique avant la fermeture des bureaux. 

 

Toutes les conditions de transparence sont-elles réunies, selon vous, pour un scrutin sincère ?

 

La transparence est très importante car si les gens choisissent quelqu’un, ce n’est pas pour qu’on vienne ensuite modifier leur volonté. Pour le moment on vient de voter, il faut attendre le décompte pour se faire une idée plus précise de la question.

 

Vous pensez avoir les premières tendances quand ?

 

Dès ce soir (la nuit dernière Ndlr), quelque temps après la fin des votes. Nous avons en effet des représentants dans chaque bureau de vote qui vont nous communiquer les résultats instantanément et que nous allons centraliser ici à Monrovia, de sorte à être très vite situés. Bien sûr, il ne s’agira pas des résultats provisoires officiels puisque n’émanant pas de la NEC (National electoral commission), mais ils refléteront le verdict des urnes.

 

Les gens qui sont sortis nombreux pour voter sont aussi à l’image des problèmes que connaît le pays : immenses. Vous faites beaucoup de promesses mais où allez-vous trouver l’argent pour les tenir dans un Liberia qui n’a rien ?

 

Vous ne pouvez pas dire qu’on n’a rien. On a des ressources naturelles et de ce point de vue, notre pays est parmi les plus riches du continent. Il s’agit seulement de les bien gérer, de lutter contre la corruption et d’affecter les moyens qu’il faut là il y a vraiment le besoin. Et vous pouvez compter sur moi pour cela. Je suis quelqu’un d’honnête, les Libériens le savent et ils ont confiance en moi.

 

La première des richesses demeure cependant la paix, surtout pour un pays qui sort à peine de quatorze ans de guerre civile. Vous ne craignez pas que des violences postélectorales remettent en cause cette paix qui doit encore être consolidée ?

 

Partout dans le monde, là où il y a des suspicions sur la sincérité du scrutin, il y a des contestations. Et plus que les candidats, ce sont les populations qui se sentent flouées de leurs votes qui manifestent leur colère. Il faut donc espérer d’abord que ces élections seront libres et transparentes, c’est le seul gage pour un scrutin apaisé.

Mettons que vous soyez élu aujourd’hui. Quel acte fort allez-vous poser dès votre prestation de serment pour montrer que les choses ont vraiment changé ?

 

Je vais tout de suite appeler à la formation d’un gouvernement d’union nationale pour consolider la paix et travailler pour la patrie. Si les élections se passent bien, au final, ce sont les Libériens qui auront tous gagné et c’est ensemble, au-delà des clivages partisans, qu’ils construiront ce pays qui leur est cher.

 

Propos recueillis par OI

 

 

Encadré 2

Le Liberia en quelques dates-repères

 

- 1822 : création par une société philanthropique, l’American colonization society, pour y installer des esclaves noirs affranchis. D’où la devise du pays : « The love of liberty brought us here » (l’amour de la liberté nous a conduits ici). Mais tout de suite, des tensions avec les autochtones apparaissent. L’histoire de cette république sera frappée du sceau, souvent sanglant, de cette transplantation des Américano-Libériens devenus les maîtres ici.

- 1847 : proclamation de l’indépendance. L’instauration du suffrage censitaire permettra aux colons noirs de conserver le pouvoir un siècle durant.

- 1945 : le droit de vote est accordé aux Natives par le président William Tubman.

- 12 avril 1980 : le président William Tolbert est renversé par le sergent-chef Samuel Kanyon Doe, qui instaure une dictature féroce. Il sera le premier autochtone à la tête du pays.

- 1989 : début de la guerre civile avec le déclenchement de la rébellion du National patriotic front of Liberia (NPFL) de Charles Taylor. Environ 150 000 personnes seront tuées en quatorze ans.

- 9 septembre 1990 : Prince Johnson, un dissident du NPFL (aujourd’hui candidat à la présidentielle), capture Samuel Doe dans les locaux de l’ECOMOG et le torture à mort. 

- 19 juillet 1997 : élection contestée de Taylor, qui s’adjuge 75% des voix.

- 11 août 2003 : face aux pressions tous azimuts de la communauté internationale, notamment de la CPI, Taylor est obligé de lâcher le pouvoir. Il démissionne pour se réfugier à Calabar au Nigeria. C’est de là qu’il sera transféré à La Haye en 2006 où le Tribunal spécial pour la Sierra Leone le condamnera à 50 ans de prison ; peine qu’il purge dans une prison de haute sécurité du nord-est de l’Angleterre.

- 2005 : George Weah arrive en tête au premier tour de la présidentielle mais c’est finalement Ellen Johnson-Sirleaf, ancienne fonctionnaire des Nations unies, qui l’emporte lors de la finale du 23 novembre avec 60% des voix. L’ancien footballeur a-t-il été, comme ses supporters le pensent, victime d’un méchant tacle électoral ?

- 2001 : bis repetita : La présidente sortante est réélue pour un nouveau et dernier mandat de six ans.

- 10 octobre 2017 : premier tour de la présidentielle avec, cette fois-ci, « mister George » dans le rôle du favori.

 

Encadré 3

Le premier sportif sur la plus haute marche du podium politique ?

 

De tout temps, le terrain politique a souvent constitué une reconversion de choix pour les dieux des stades en quête d’autres médailles. Une fois donc les crampons, les javelots, les raquettes, les gants et autres accessoires de sport rangés, c’est une autre vie qui commence, avec plus ou moins de bonheur. Certains sont ainsi devenus députés, sénateurs (à l’image de Romario et Bebeto au Brésil) ou ministres, la plupart du temps des Sports, comme si on voulait les confiner dans leur domaine de prédilection ou qu’on doutait de leurs capacités à gérer d’autres départements. A l’exception près.

En France par exemple, et sans remonter à Mathusalem, ils sont des dizaines, de Jean Borotra sous le régime Vichy à Laura Flessel, « la guêpe » dans l’équipe Macron, à avoir occupé le ministère des Sports. Ainsi notamment de Guy Drut (100 m haies), Jean-François Lamour (escrime), David Douillet (judo), Bernard Laporte (rugby) ou Chantal Jouanno (karaté). Ce fut aussi le cas de l’athlète Nawal al-Moutawakil au Maroc ou du plus grand footballeur de tous les temps, le Brésilien Pelé, Edson Arantes Do Nascimento à l’état civil. Au Burkina, Tairou Bangré ne porte pas pour rien le surnom Zimako (du nom d’un international français de la génération Platini), quoique lui soit également professeur d’université.

Mais jusque-là, aucun n’a pu gravir la plus haute marche du podium politique. Et si le moment était enfin venu ! Rarement en effet sportif aura été si proche d’un palais présidentiel à la porte duquel il frappe avec insistance depuis douze ans. Après deux échecs en 2005 et 2011, celui qui a fait les beaux jours, entre autres clubs, de Monaco, du PSG, du Milan AC et qui est pour le moment le seul Africain détenteur du Ballon d’or apparaît comme le principal favori de la présidentielle libérienne qui s’est tenue hier mardi 10 octobre 2017. Alors, ses jambes qui ont fait sa renommée et sa fortune vont-elles le conduire… à la tête de l’Etat ? Wait and see, comme on dirait ici.

 

O.I. 

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