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Affaire Norbert Zongo: Ce chiffre 13 qui poursuit le « petit président »

On ne sait pas si la date a été choisie au hasard, mais ça semble être un étrange clin d’œil à l’histoire. C’est en effet hier, 13 décembre 2017, que François Compaoré a comparu à partir de 14h 30 à la barre de la chambre du contrôle de l’instruction de la Cour d’appel de Paris pour se voir notifier la demande d’extradition formulée contre lui par le Burkina Faso dans le cadre du dossier de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo.

Cette audience de notification de la requête d’extradition et de vérification de l’identité du prévenu coïncidait, jour pour jour, avec le 19e anniversaire de l’assassinat du directeur de publication de L’Indépendant et de ses trois compagnons d’infortune (1), retrouvés calcinés en rade de Sapouy le 13 décembre 1998.

Tout de suite, beaucoup de gens y ont vu la main assassine du pouvoir, notamment celle de François Compaoré, dans la mesure où le journaliste enquêtait sur la mort de David Ouédraogo, le chauffeur du « petit président ». L’assassinat du journaliste a connu un retentissement médiatique international, et la mobilisation populaire qui s’en est suivie a secoué les bases du régime de Blaise Compaoré.

Malgré tout, à cette époque, que la suspicion sérieuse fût justifiée ou pas, François ne risquait pas grand-chose tant que son aîné, Blaise Compaoré, était au pouvoir. On a vu comment il a pu se tirer à bon compte du procès de l’affaire David Ouédraogo, où il a été cité comme… simple témoin.

Mais face à la fronde populaire née du drame de Sapouy, le pouvoir a été obligé d’accepter la mise en place d’une Commission d’enquête indépendante (CEI) dont le rapport d’investigation a, d’une part, conclu que le journaliste a été tué pour ses articles qui visaient à faire la lumière sur la mort de David Ouédraogo et, d’autre part, désigné six suspects sérieux (2), tous membres de la sécurité présidentielle.

Par la suite, une instruction a été ouverte et confiée exclusivement au juge Wenceslas Ilboudo avec des moyens conséquents.

Après avoir inculpé l’adjudant-chef Marcel Kafando en mai 2006, il rendra en sa faveur le 18 juillet 2006 une ordonnance de non-lieu simplement parce que le seul témoin à charge s’était rétracté. Pour un enterrement de première classe, c’en était vraiment un. Avec cette décision de la justice, Norbert Zongo venait de mourir une seconde fois.

Pour le pouvoir, une chose était de tenir la justice en laisse et l’autre était de contenir et même d’étouffer les nombreuses conséquences sociales et politiques de la tragédie de Sapouy.

L’autodafé a en effet donné lieu à une manifestation monstre qui a fait vaciller le régime. C’était de loin l’une des crises les plus importantes que le Burkina Faso ait connues depuis son indépendance.

On a peut-être tort de penser que c’est depuis l’insurrection que « plus rien ne sera comme avant », car c’est depuis 98 que le changement était en cours au Faso. Le pouvoir a été bien obligé de concéder de nombreuses réformes qui étaient impensables jusque-là :

- le redécoupage des circonscriptions électorales ;

- l’introduction de la proportionnelle au plus fort reste ;

- le verrouillage de l’article 37 qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Plus tard en 2014, c’est justement la volonté de Blaise de sauter le verrou  de ce fameux article qui causera sa chute.

C’est vraiment depuis cette période que plus rien ne sera comme avant. Et avec la chute du régime consécutive à l’insurrection populaire, à l’image du dossier Thomas Sankara, le dossier Norbert Zongo semble sur un boulevard. L’interpellation de François à Paris en est une parfaite illustration.

On ne sait pas si l’extradition demandée par le Burkina Faso aura une suite favorable. Difficile, pour l’instant, d’en avoir le cœur net, malgré les espoirs récemment suscités par Emmanuel Macron lors de son fameux discours à l’université de Ouagadougou.

En attendant que ce précieux colis soit expédié ou non à Ouaga, plusieurs personnes restent inculpées dans le dossier Norbert Zongo, même si trois des suspects sérieux sont aujourd’hui morts (3).

La nouvelle instruction du dossier Zongo suit son cours. François Compaoré est poursuivi pour incitation à l’assassinat. Après l’audience de notification de la demande d’extradition et de vérification d’identité, François Compaoré, qui est de nationalités ivoirienne et burkinabè, devrait comparaître de nouveau le 7 mars 2018, cette fois-là pour l’audience de fond, à l’occasion de laquelle la Cour décidera si le frère cadet de Blaise Compaoré sera extradé au Burkina Faso.

Cette actualité a donné une coloration particulière aux activités commémoratives de l’assassinat de Norbert Zongo avec ces croisés de l’impunité qui sont persuadés de voir bientôt le bout du tunnel et que justice sera enfin rendue au directeur de publication de L’Indépendant.

 

San Evariste Barro

 

Note :

(1) Ernest Zongo, Ablassé Nikiéma et Blaise Ilboudo

(2) Marcel Kafando, Christophe Kombasséré, Wanpasba Nacoulma, Banagoulo Yaro, Edmond Koama, Ousséni Yaro

(3) Marcel Kafando, Edmond Koama et Ousséni Yaro

 

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Attaque camp MONUSCO : Béni la… maudite

Ils sont arrivés le jeudi 7 décembre 2017 au crépuscule et alors que la nuit enveloppait la ville de son voile noir, ils se sont acharnés sur le détachement tanzanien de la MONUSCO à Semuliki, dans le territoire de Béni au  Nord-Kivu. Qui étaient-ils, ces assaillants lourdement armés et dont l’attaque aurait été «planifiée et organisée», de l’aveu même de Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix ? Jusqu’à hier, nul ne le savait vraiment avec certitude même si, dès  vendredi, on pointait déjà du doigt l’Allied defense forces (ADF), cette milice islamiste ougandaise qui combat depuis vingt ans le régime de Yoweri  Museveni,  de l’autre côté de la frontière ougandaise donc, mais qui ne se prive pas de faire de  temps à autre des incursions dans l’Est de la République démocratique du Congo, sa base arrière naturelle.

Qu’il s’agisse d’elle ou d’un autre groupuscule de ces multiples semeurs de mort qui essaiment dans la RDC, notamment dans ce Nord-Kivu de tous les dangers, le bilan est particulièrement lourd : quinze Casques bleus tanzaniens tués, une cinquantaine blessée et trois autres portés disparus. Cinq soldats congolais  auraient été également tués (1 blessé, 1 disparu et 72 assaillants tués, selon les FARDC). Hier d’ailleurs, ce sont 14 cercueils recouverts du drapeau tanzanien qui ont été présentés lors de la cérémonie d’hommage à Béni. Peut-être l’enquête ouverte sitôt le crime commis permettra-t-elle de trouver réponse à cette discordance macabre, de comprendre ce qui s’est réellement passé cette tragique soirée, notamment pourquoi le camp des Tanzaniens était devenu injoignable, qui étaient ces visiteurs indésirables du soir et pourquoi est-ce seulement après la fin des combats, qui ont duré treize heures, que les hélicoptères de la MONUSCO sont intervenus.      

Quoi qu’il en soit, c’est de loin le bilan le plus lourd qu’enregistrent les soldats de la paix depuis la mort de 24 casques bleus pakistanais le 5 juin 1993 à Mogadiscio.  Des bérets bleus régulièrement pris pour cibles , que ce soit en RDC, au Mali, en RCA, au Rwanda, au Liban, en Côte d’ivoire ou au Soudan, coincés entre le marteau des ennemis de la paix et l’enclume des populations qu’ils sont censés protéger. Une protection dont ils ne s’acquitteraient pas toujours  convenablement, souvent, il faut le dire, en raison de règles d’engagement très strictes ou alors ils  sont accusés d’être plus prompts de la braguette que de la gâchette, eu égard aux nombreux scandales d’abus sexuels qui éclaboussent une troupe parfois davantage perçue comme un contingent  de touristes lubriques que de vrais combattants. Même s’il faut se garder, à cause des agissements de quelques moutons noirs, de jeter l’opprobre sur une institution qui évite bien des fois, quoi qu’on en dise, que certains Etats se délitent totalement. Au prix du sacrifice suprême comme c’est le cas ici.  De leur création en 1948 à nos jours, ce sont ainsi plus de 3 000 d’entre eux qui sont tombés en opération, soit l’équivalent d’un ou de deux régiments.

Ce qui vient de se passer plonge encore un peu plus Béni la …maudite dans le désarroi. De 2014 à 2016, cette localité a en effet été régulièrement soumise à des massacres mais voilà qu’après une certaine accalmie, elle connaît de nouveau un regain de violence marquée notamment en octobre par une attaque similaire à  celle actuelle, qui avait déjà tué trois Casques bleus… tanzaniens. Sans qu’on sache quand  prendra fin cette nouvelle saison des longs couteaux, des assassinats, des pillages,  des enlèvements et des viols qui dure depuis maintenant des années.

Et comme si le rasage du camp de la MONUSCO (déployée en 1999) ne suffisait pas pour installer définitivement la peur sur cette ville martyre, il fallait en plus que, dans la nuit de vendredi à samedi, cinq personnes dont quatre membres d’une même famille soient liquidées. Ici aussi, et quand bien même il n’y aurait pas de lien entre les deux drames, on se perd en conjectures : qui en sont les auteurs et pourquoi ?  Comment dans ces conditions ne pas comprendre le ras-le-bol des habitants qui ont voulu marcher samedi avec leurs cadavres dans les bras jusqu’à la mairie et qui, pour toute réponse, n’ont eu droit qu’à un accueil musclé de la police ?

Hélas, c’est souvent comme ça que ça se passe chez Kabila, qui érige la matraque et le gaz lacrymogène (voire plus si trop dérangeant) en méthode de gouvernement à défaut de pouvoir répondre aux préoccupations des citoyens. Cette insécurité endémique ne traduit-elle pas l’incapacité d’un pouvoir plus préoccupé à s’éterniser aux affaires qu’à implémenter une gouvernance vertueuse dans ce pays grand comme presque dix fois le Burkina, qui a tout pour être développé, tout sauf l’essentiel : un leadership éclairé et responsable, qu’il se soit agi hier de Mobutu ou qu’il s’agisse aujourd’hui des  Kabila père et fils ? Le plus grave, c’est que le chef de l’Etat, incapable d’organiser une élection depuis un an, pourrait exciper de cette insécurité généralisée pour justifier son maintien au pouvoir envers et contre tous.

 

 

Ousseni Ilboudo 

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